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ase
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MessagePosté le: 15/06/2013 21:34:54
Et voilà ^^

http://www.franceculture.fr/emission-les-racines-du-ciel-la-vocation-divine-de-l-homme-avec-annick-de-souzenelle-2013-06-09
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Nous vivons à une époque où il est possible de démontrer que la mort n'existe pas. Une croyance ? Non juste un fait scientifique.


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MessagePosté le: 15/06/2013 21:34:54
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glevesque
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MessagePosté le: 20/06/2013 13:31:57
Salut

Assez intéressant !

Il est fous de constater que tout ceux qui ont l'esprit ouvert à une nouvelle spiritualité, convergent tous vers cette nouvelle forme d'ouverture d'esprit responsable et fraternelle !

Merci Ase

Gilles
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Croire c'est bien, mais comprendre c'est mieux.
Les panoramiques martiens
Évolution de la Conscience Spirituelle
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ase
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MessagePosté le: 10/08/2013 12:31:59
En somme, toutes les routes mènent vers soi ? ^^
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ase
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MessagePosté le: 25/08/2013 13:10:20
Je l'ai ré-écouté, c'est bon ça ^^
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Arcanes
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MessagePosté le: 14/09/2013 00:35:45
FAINEANT !! s wow
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Mais, maintenant j'ai peur des cimetières, j'ai peur de ne pas y mourir vraiment.


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ase
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MessagePosté le: 14/09/2013 10:52:52
Ô un rappel à l'ordre ^^
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ase
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MessagePosté le: 27/12/2014 00:03:31
On me l'a offert en cadeau de Noël ^^
Cool
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ase
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MessagePosté le: 29/12/2014 09:24:28
Annick de Souzenelle s’impose aujourd’hui en France comme l’un des penseurs orthodoxes les plus populaires. Avec plus de 50 000 exemplaires vendus, son premier livre Le symbolisme du corps humain, est devenu un best-seller. Et pratiquement chaque année depuis dix ans les éditions Albin Michel publient un nouveau livre de cet auteur à succès. Pourtant Annick de Souzenelle reste très mal connue dans les milieux orthodoxes. N’y aurait-il pas là une répétition du vieil adage sur le sort des personnalités prophétiques ? Il est vrai que, citant fort peu les Pères de l’Église, proposant une traduction de la Genèse fort peu conforme à la vénérable TOB, et puisant allègrement dans la mystique juive de la Kabbale, l’anthropologue française ne facilite guère « son cas ».

Née dans les années 1920 dans une famille de tradition catholique, Annick de Souzenelle a, dès l’âge de 5 ans, eu une expérience mystique, une vision inexprimable de la Trinité. Elle vécut aussi, au cours d’un rêve, une descente dans la profondeur des enfers. Ces deux expériences l’ont profondément marquée. Blessée par les divisions familiales et par la distance imposée par ses parents à son égard, Annick de Souzenelle fut également déçue par un milieu catholique qui n’avait pas encore engagé sa grande réforme. Bien que scientifique de tempérament, elle choisit de sortir de l’abstraction et suivit des études d’infirmière. Redécouvrant la prière au Maroc au chevet d’une femme musulmane, elle se tourna vers les religions orientales, envisageant même un temps de rejoindre un cousin de sa mère à Pondichéry, sur les traces de Sri Aurobindo. Retenue en France pour rester auprès de sa nourrice, Annick de Souzenelle fit alors la connaissance en 1958 du père Eugraph Kovalevsky, sacré évêque en 1964, et de l’Église catholique-orthodoxe de France (ÉCOF), une Église née au sein du patriarcat de Moscou et rattachée par la suite, non sans difficultés, d’abord à l’Église russe hors-frontières, puis jusqu’en 1993, au patriarcat de Roumanie. Dans l’orthodoxie, elle apprécie de redécouvrir le sens du mystère mais aussi les racines gallicanes du christianisme. L’attachement qu’elle trouve dans la paroisse du 96, bd Blanqui à Paris, à la tradition patristique, à la primauté de la liberté sur l’autorité extérieure et centralisée, viatiques vers une rencontre amoureuse avec Dieu, l’encouragent à se convertir. Elle épouse Geoffroy du Réau, un paroissien de la première heure à qui elle donnera deux enfants, Marie-Anne et Emmanuel. Avec son époux, elle suit les cours de l’Institut de théologie Saint-Denys, ainsi que les cours d’hébreu de l’exégète juif Emmanuel Lévyne. Elle découvre les liens profondément enfouis entre judaïsme et christianisme.

Passionnée par la psychologie des profondeurs et la nouvelle science des mythes, Annick de Souzenelle prend conscience à la fin des années soixante de l’intuition fondamentale de sa recherche, à savoir l’analogie profonde entre le schéma du corps humain et l’Arbre de vie présent dans le jardin d’Éden. Elle cesse alors de pratiquer son métier d’infirmière anesthésiste pour devenir psychothérapeute et écrivain anthropologue. Elle publie aux éditions Dangles puis chez Albin Michel ses principaux ouvrages dans les années 1970-1980 mais n’obtient aucune reconnaissance de la part des théologiens orthodoxes en raison de son appartenance à l’ÉCOF. Pourtant grâce à l’Église catholique orthodoxe de France elle fait des rencontres étonnantes, comme celle de ce fol-en-Christ contemporain que fut Mgr Jean (Shahovskoi) plus tard évêque de San Francisco (Saint Jean de Shanghai et de San Francisco). Mais après la mort de Mgr Jean de Saint-Denis (Eugraph Kovalevsky), puis l’incapacité de l’ÉCOF, après la rupture avec le patriarcat roumain, à trouver langue commune avec les Églises orthodoxes réunies en France au sein d’une assemblée épiscopale inter-juridictionnelle, encouragent Annick de Souzenelle à quitter l’ÉCOF en 1994. Avec les communautés de Sainte-Croix en Dordogne et de Béthanie en Moselle elle demande l’année suivante à l’assemblée des évêques orthodoxes d’être intégrée au sein de l’assemblée épiscopale orthodoxe en France. En 2000 la communauté de Sainte-Croix est enfin rattachée au patriarcat de Roumanie tandis que la communauté de Béthanie rejoint l’Église orthodoxe copte.

Il est d’usage dans la théologie orthodoxe de rattacher toute pensée créatrice à la sainte tradition catholique et apostolique. Non pas pour rassurer les craintifs comme c’est malheureusement souvent le cas tant le changement et la nouveauté bousculent notre tendance déchue à nous retourner en arrière, mais pour vérifier l’éternelle nouveauté de l’Esprit à l’aune de la tradition vivante.[3] Aussi convient-il d’inscrire la pensée d’Annick de Souzenelle en continuité avec la philosophie religieuse russe, mais aussi avec l’école d’Alexandrie (Clément et Origène) et son interprétation pluri-dimensionnelle de la Bible. On veillera également à montrer que l’appel à d’autres sources, en particulier la Kabbale ou la mythologie grecque, ne contredisent pas l’inspiration profondément chrétienne de la théologienne orthodoxe. Du reste je ne me prépare à écrire ni un essai de théologien, au sens étroit du terme, ni un discours apologétique. Comme l’a à maintes reprises écrit Berdiaev, le discours en termes de jugement canonique/hérétique est de peu d’intérêt. Par ailleurs comme l’a justement rappelé Vladimir Lossky le discours théologique authentique selon Évagre le Pontique est avant tout le résultat d’une prière et non la répétition scolastique des Pères de l’Église.

Très imparfaitement donc, et en citant abondamment l’œuvre de Annick de Souzenelle, j’aimerais communiquer l’intérêt de son œuvre par une présentation de la spécificité de son discours, à la fois mytho-logique et historiosophique, et s’inscrivant dans la tradition la plus profonde du judéo-christianisme :
http://www.pagesorthodoxes.net/…/arjakovsky-desouzenelle.htm
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ase
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MessagePosté le: 29/12/2014 09:32:13
II. Un discours mytho-logique théanthropique

Commençons par la première intuition de Annick de Souzenelle : un discours sur Dieu est possible dès lors que l’on accepte humblement d’accorder au symbole son indépendance à l’égard du concept, de le définir comme une catégorie profonde de l’esprit humain, sans céder pour autant au discours autoritaire qui aboutit à fonctionnaliser toute notion insaisissable.
L’introduction de Œdipe intérieur contient la réflexion la plus achevée de Annick de Souzenelle sur ce thème de la nécessité d’un nouveau discours qui soit une synthèse entre anthropologie et théologie. La nouvelle intelligence des mythes pour elle doit être distincte de la mythologie classique en tant que science des récits des origines. Car avant tout dans les mythes, écrit-elle, il est question de nos origines intérieures :

« Pour rendre compte de cet en-dedans, le mythe utilise les matériaux narratifs qui nous sont connus dans notre monde extérieur; mais alors que ce dernier reste plat et linéaire quand on ne sait pas lier les événements le constituant à leur véritable cause, le monde intérieur que décrivent les mythes se déploie quant à lui en une sorte de spirale dont chaque anneau fait résonner le récit au niveau de conscience auquel le lecteur est susceptible d’accéder. »

La réalité qui se laisse ainsi appréhender par le mythe ne doit pas être figée dans des concepts. Elle ne peut se transmettre que par le récit, par les rêves ou par les rites. Pourtant si l’intelligence humaine admet le caractère dynamique des formes symboliques, celles-ci peuvent être interprétées de façon logique comme appartenant à un langage ayant valeur universelle. Pour Annick de Souzenelle le « sur-univers’ découvert par la physique quantique est celui-là même de la conscience, de nos origines.

« Noyau de l’Etre et clef de voûte du Réel, écrit-elle, il rejoint le « Vide’ du Tao comme l’’Ailleurs’ d’Einstein, ou encore le « Rien de notre propre tradition, dont on ne peut plus dire aujourd’hui qu’il n’est rien, pas plus que pour ces physiciens le Vide n’est vide.’
Dès lors, poursuit Annick de Souzenelle, si le mythe est l’histoire de notre intériorité, il ne peut conduire tel l’Esprit qu’au Logos, au Verbe fondateur dont il est le messager.

On retrouve ici l’inspiration des Pères qui ne s’arrêtaient pas à une théologie des concepts mais aspiraient à la science qui devient amour. Selon saint Grégoire de Nysse « Dieu appelle béatitude, non pas quelques connaissances sur lui, mais sa demeure dans l’homme. »

De même, le théologien orthodoxe familier de l’œuvre de Boulgakov, de Florovsky ou de Paul Evdokimov ne peut aussi que souscrire à une telle approche.. Le père Serge Boulgakov, premier doyen de l’Institut Saint-Serge, a plaidé toute sa vie en faveur de la sophiologie, dogmatique fondée sur les Écritures et reposant sur le caractère mythique, insaisissable et universel à la fois, de la Sagesse de Dieu. Georges Florovsky, le chef de file de la synthèse néo-patristique, a publié lui aussi, dans la revue Put’, une vigoureuse critique non pas du langage symbolique mais de la conception shellinguienne du mythe. Cet article s’achève sur un appel à une intelligence dogmatique respectueuse de la double origine de la pensée divino-humaine.
Paul Evdokimov enfin, lors d’une conférence « De la nature et de la grâce dans la théologie de l'Orient », a balayé d’un revers de main toute la sémiologie de son temps en rappelant que le symbole se distingue du signe par le fait qu’il contient en lui la présence de ce qu’il symbolise tandis que le signe informe et renseigne mais ne porte par la présence du signifié. En d’autres termes, le panneau « interdiction de stationner » n’est tout de même pas de même nature que l’icône de la Sagesse de Dieu !

Il n’est pas étonnant que Annick de Souzenelle cite nommément un des héritiers du renouveau orthodoxe de l’entre-deux guerres, Mgr Jean Kovalevsky, comme celui qui, grâce à sa définition nouvelle du mythe, lui permit de comprendre toute la profondeur des récits bibliques. L’histoire de Tobie par exemple, exprime selon elle deux réalités différentes, « dont l’une historique, est signifiante de l’autre, d’ordre mythique, laquelle donne sens à la première. »

D’un côté, il est question d’un homme qui parvient à délivrer de sa dette son père devenu aveugle, après avoir épousé Sarah, une femme ayant auparavant perdu sept maris. De l’autre, « l’histoire de Tobie est celle d’une descente aux enfers’. Annick de Souzenelle écrit :

« Par son nom, Tobie est promis au Tob (lumière accomplie de l’arbre de la connaissance Tob’ Wara). Il devait faire l’expérience du pôle R’a (ténèbres, inaccompli). Son fils Tobie est le « fils de l’homme », intérieur à lui qui vit son grand voyage nocturne dans les profondeurs du Guihon (sa Géhenne). Accompagné de l’ange, il a passé le Hidequel ; arrivé auprès de Sarah son « principe’, il est au cœur de la matrice de feu. Sept fois déjà, il était mort et ressuscité à lui-même en de premières épousailles avec Sarah. Ce n’est qu’aveugle à la lumière extérieure qu’il peut entrer dans ses ultimes ténèbres et célébrer ses noces, se libérer de ses derniers démons, « payer sa dette’. « Payer la dette’ est le mot Shalom que nous traduisons couramment par « paix’, mais celle-ci est la paix divine, non celle des quiétudes humaines ; elle est le repos donné à celui qui accomplit son Nom et qui pour cela investit toutes ses énergies à le devenir. »

Ainsi le discours de Annick de Souzenelle, s’inscrit dans la continuité de la tradition de pensée mytho-logique ou dogmatique qui va des pères grecs aux philosophes russes. Son originalité consiste en ce qu’elle concentre son attention plus que ses prédécesseurs vers des terres réputées étrangères à la révélation de l’Esprit, du mythe d’Œdipe présenté chez Sophocle à la révélation de l’arbre des Séphiroths dans la Kabbale.

L’un des mythologèmes les plus évidents pour Annick de Souzenelle de cette langue souterraine de l’humanité est la révélation intime, – mais insupportable à la conscience rationnelle –, que l’homme vit en situation d’exil, qu’il ne marche que sur un côté de lui-même. Dans le récit de la lutte de Jacob avec l’ange comme dans celle des pérégrinations d’Œdipe à Colone, il est question d’hommes qui à la suite de combats-épousailles prennent conscience de leur boiterie intérieure, de cette autre moitié féminine contenant potentiellement le Tout-Autre.


III. Une historiosophie christocentrique

Si le discours mytho-logique chrétien se caractérise par le primat accordé au dogme sur le théologoumène et au mythologème sur le concept, les Pères de l’Église puis les philosophes religieux russes ont également insisté sur les aspects antinomique et eschatologique inhérents à ce discours. Il convient d’interroger leur articulation dans l’historiosophie de Annick de Souzenelle. Celle-ci s’enracine dans une nouvelle forme de sotériologie.

Face au problème de l’existence du mal, inconciliable irrémédiablement avec la foi en la toute puissance du Dieu créateur, la théologie chrétienne a d’une façon ou d’une autre été balancée entre deux approches.

D’un côté on trouve, d’Augustin à Mgr Antoine Hrapovickij, la vision de la souffrance comme punition divine en raison du péché de l’homme, le Christ s’incarne dans cette perspective afin de racheter par la croix les péchés humains. Comme l’a signalé Bertrand Vergely, la sécularisation fut l’une des formes de réponse à une telle théodicée. Car à force de « récupérer la souffrance en donnant un sens à la vie grâce à celle-ci’, le christianisme a été confronté à l’époque moderne à tous ceux qui récusent « tout sens de la vie à cause de la souffrance. »

Le fait, comme l’a rappelé Serge Boulgakov, le chef de file du courant sophiologique, que la deuxième hypostase de la Trinité, l’Agneau de Dieu, soit immolé « dès le commencement », vint troubler la doctrine occasionaliste du « péché imprévu », mais sans pour autant expliquer pourquoi fallait-il que le monde commence par un tel sacrifice et pourquoi l’homme devait-il passer par un certain nombre de portes avant d’accéder au Royaume...

De l’autre on observe, chez un second groupe de penseurs, d’Origène à Nicolas Berdiaev, un refus de considérer une origine divine à la souffrance humaine. Berdiaev, héraut du courant personnaliste de la pensée orthodoxe, considérait que lorsque YHWH fait « ruisseler à terre le sang des ennemis d’Israël », il ne peut s’agir que d’un anthropomorphisme. De même, lorsque le Christ raconte la parabole des vierges folles exclues du Royaume, celle-ci doit être interprétée en tenant compte du contexte spirituel de l’époque et des sociomorphismes inhérents au genre du récit. La révélation divine en effet selon Berdiaev ne peut s’accomplir que lorsqu’elle accède à l’intelligence divino-humaine. Toute l’histoire de l’humanité, et l’histoire de chaque vie humaine en particulier, est celle de la prise de conscience, au delà du sentiment de dette collective et de culpabilité personnelle, de l’amour infini, immédiat et gratuit de Dieu. La réponse à ce « christianisme rose » est venue cette fois des monastères mais aussi du courant nietzschéen de la pensée religieuse russe de Rozanov à Shestov, intraitable à l’égard de l’image d’un Dieu « moins puissant qu’un agent de police ».

Dans tous les cas les Pères de l’Église ont sans cesse cherché à libérer l’humanité d’une conception terroriste de Dieu héritée du paganisme. De Macaire le Grand à Nicolas Cabasilas, ils ont rappelé sans cesse ces paroles du Mendiant d’amour de l’Apocalypse : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap, 3, 20) Mère Marie Skobtsov aussi a esquissé avant guerre une synthèse entre les deux approches cosmocentrique et anthropocentrique de la tradition dans un article intitulé « Naissance et création »[14]. Dans un style mystique, elle y associe de façon antinomique la joie cosmique et donnée de la naissance avec le témoignage personnel et libre de la création grâce à la figure du Christ, le seul qui soit Né et Non-Créé.

Face à la question de l’origine du mal, Annick de Souzenelle, comme Maxime le Confesseur dans son Traité sur le mal qu’elle cite, insiste sur le caractère mystérieux du récit de la Genèse et sur le silence qu’il requiert. Mais elle rappelle également, toujours dans la tradition patristique et ascétique, la nécessité du combat et donc la nécessité de cerner l’adversaire. Le Mendiant de l’Apocalypse, ce Fils d’homme tenant à sa bouche une épée acérée, frappe à la porte pour rencontrer l’homme mais aussi pour lui proposer un combat. « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône. » (Ap, 3,21) Aussi Annick de Souzenelle s’inscrit-elle dans la tradition vivante en identifiant le Fils de l’Homme, Dieu de l’intériorité, avec l’Epée divino-humaine présente dans le corps humain qui tranche le pouvoir du Satan-ennemi. Pour ce faire elle invite à reprendre le chemin de la mystique juive et à passer d’une vision mystique à une vision plus mytho-logique de la victoire sur le mal.

Selon elle, l’arbre de la connaissance est celui de Tob War’a en hébreu. Ces deux termes compris imparfaitement par « bien et mal’ doivent être traduits comme « lumière et ténèbres’. Car, à lire attentivement la Genèse, le mal ne fait pas l’objet d’un acte créateur divin. Bien plus, le mot Tob est celui qui qualifie la lumière au jour Un de la création, ce qui explique pourquoi il n’apparaît pas au deuxième jour où sont séparées les ténèbres incréés d’avec les ténèbres créées, l’inconnaissable divin d’avec l’inconnu du créé. Pour Annick de Souzenelle, les autres jours Dieu voit non pas que « c’est bon », mais « parce que c’est de la lumière’ et la lumière créée est une part de l’accomplissement humain; elle est alors reçue, « vue’ par la lumière incréée qui commence d’opérer avec elle le mariage divino-humain.

« Lorsque, dans le mystère du septième jour, nous arrivons à la contemplation de l’œuvre de l’Esprit Saint en l’Homme créé le sixième jour et lancé dans la dynamique du faire divino-humain au cœur du Shabbat, nous sommes saisis dans la bouleversante respiration qui relie Dieu à l’Homme-image de Dieu, et de l’Homme à Dieu, dans l’espace de rencontre des deux désirs, le jardin d’Éden. Au milieu de ce jardin intérieur à lui, l’Homme qui s’est retourné en lui-même et qui, sorti de l’enfantillage de l’exil, est saisi dans le flux et reflux du souffle divin, fait l’expérience des deux arbres qui sont au milieu du jardin : l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie. Dans cette dynamique transformante l’arbre de la connaissance est celui de l’accompli-lumière et du non-accompli encore dans les ténèbres. Ce non-accompli est une somme d’énergies potentielles qui en soi n’est pas le mal. Le passage des ténèbres à la lumière dans l’œuvre d’accomplissement de la matrice de feu en laquelle toute énergie devient information, construit l’arbre de la connaissance; son fruit en chaque “saison” – en chaque étape du chemin –, ne peut être donné que par Dieu et dans la dynamique de ces mutations. »

Revenons désormais à l’alternative des deux théodicées présentée plus haut. Pour Annick de Souzenelle, si le péché n’a pas pu ne pas être prévu par Dieu, alors il faut se départir de la compréhension tragique et objectivée de ce terme et adopter un discours anthropologique, antinomique et eschatologique. Si chaque jour l’Adam (Dieu dans le sang) que nous sommes est en position de « manquer la cible », c’est parce que Dieu se retire afin que l’Homme mute. Dans cette perspective l’immolation originelle n’a rien de tragique, il faudrait plutôt parler de l’amour infini et toujours présent de Dieu au sein de la Trinité et pour sa création. La création est bonne, car elle projette l’homme dans la sphère du faire, dans la découverte infinie de sa divinité, de la création, du sacrifice de l’amour. Mais comme le dit le psaume, le seul sacrifice qui plaît à Dieu c’est un esprit brisé. Oublions les visions de boucherie sanglante. Écoutons plutôt la symphonie céleste de l’autorévélation mutuelle : Je crée pour te voir, je me tais pour t’écouter, je me vide pour te communiquer mon souffle...

Annick de Souzenelle donne parfois l’impression de céder à la rationalisation et à l’objectivation du mystère théantropique de la Croix-Épée en parlant d’une pédagogie divine de la souffrance (en particulier dans Les dix plaies d’Égypte ou dans Alliance de feu). Elle écrit : « Il nous faut aujourd’hui entrer dans cette nouvelle intelligence de l’histoire : la résistance à Dieu vient de Dieu ! (…) Lorsque Moïse rencontra Pharaon et obtint de lui la promesse de la libération d’Israël, alors autant de fois qu’il fut nécessaire après chacune des plaies répandues sur l’Egypte : « Le Seigneur durcit le cœur de Pharaon » et Pharaon retint encore le peuple prisonnier. Que signifie cette résistance divine si ce n’est qu’elle forgeait Israël à une autre dimension de lui-même pour qu’il devienne capable de sortir de l’esclavage, d’assumer la liberté et de vivre le désert qui allait suivre. »

Ne faudrait-il pas plutôt voir là comme Berdiaev un sociomorphisme et parler plutôt d’une résistance humaine face à l’appel de Dieu ? Ou d’une résistance des ténèbres humaines non sanctifiées par la nature personnelle de l’homme face à la dimension aveuglante de la lumière thaborique ? Par ailleurs si Dieu a voulu que le peuple juif reste quarante ans dans le désert, le Christ n’a-t-il pas promis le Royaume « aujourd’hui même » au larron repenti sur la croix ? La traversée du désert que vit l’humanité, le passage de portes en portes que vit chaque homme, devraient plutôt être comprises comme la résistance du temps dispersé au temps de la relation théantropique.

Annick de Souzenelle atténue cependant un peu plus loin le sens de ses paroles. « La lumière puise sa source dans la justesse du rapport qui unit l’émissivité énergétique et la réceptivité ? La réceptivité se fait alors pour partie lumière, pour partie résistance à elle ». Et dans Le Féminin de l’Être elle évacue la tentation d’instrumentaliser la puissance divine. Là il s’agit de dépasser « le sens littéral des récits bibliques’ tout en en gardant l’esprit : l’histoire de l’humanité n’est que celle de « la lumière allant quérir une plus grande lumière au cœur des ténèbres » L’anthropologue orthodoxe interprète les paroles du Christ à saint Silouane (« Garde ton esprit en enfer et ne désespère pas ») comme une invitation à rencontrer l’Adversaire de nos ténèbres, nécessaire à notre croissance, mais « sans lui octroyer son rôle d’Ennemi – ce que nous pouvons par la grâce du Christ vainqueur de l’ennemi ».[18] Que Dieu se retire dans un Shabbat le septième jour ne signifie pas que l’homme doive nécessairement manquer la cible. Le mal n’est pas une étape nécessaire. En effet la nature divine de l’homme, Yod-Hé-Waw-Hé, permet à l’Adam que nous sommes de cultiver la terre afin que celle-ci donne ses fruits à chaque étape de sa transmutation. La souffrance n’est pas la condition de la croissance, mais le sens de celle-ci se trouve dans nos ténèbres.

Si le principe de notre source (étymologie que propose Annick de Souzenelle du Ra, le mal), d’origine divine mais encore distincte de Dieu-Elohim « oublie’ qu’il ne peut y avoir de croissance qu’en Ce dernier, alors la sanctification du Nom, la quête du Règne, et l’accomplissement de la Volonté divine font place aux trois principales sources de souffrance, la recherche de la jouissance, du pouvoir et de la possession. Si en revanche, l’homme se souvient du sens de la première Pâque (la sortie d’Égypte) et de la seconde Pâque (la mort et la résurrection du Christ), à savoir la transfiguration du Corps divino-humain (de l’eau en vin puis en sang) par l’Esprit, alors le règne de Dieu se rapproche.

C’est la descente douloureuse dans les profondeurs de ses terres intérieures qui a permis à Job, contre l’avis de ses trois contradicteurs, de retrouver le chemin de la croissance divine et de l’incarnation. Job parvient à vaincre ses énergies animales en les nommant, en particulier les énergies jouissance-possession-puissance du tétramorphe de la vision d’Ezéchiel et de saint Jean, le lion-le taureau-l’aigle-l’homme. Conduit par Dieu devant les deux monstres de Béhémot et de Liwiathan, Job parvient à transformer leurs énergies « en chérubin de la Sagesse et en séraphin de l’Intelligence’.

En revanche « si l’Homme donne pouvoir de l’Epée au Satan (…) YHWH pose dans le même temps des limites à ce pouvoir, limites sans lesquelles l’humanité serait anéantie’. Annick de Souzenelle l’écrit avec force : Dieu en nous, YHWH, est l’épée, et l’épée se cache derrière le bouclier, derrière l’adversaire que représente Béhémot ou le Liwiathan. Le Christ n’est pas venu apporter la paix mais l’Epée. Non l’épée extérieure qui fait couler le sang lorsque l’homme n’est pas en mesure de vaincre ses peurs source de toute violence, mais l’épée intérieure, principe incréé en l’homme qui relie Dieu à notre humanité jusque dans notre chair, pointe la plus fine de notre corps.

La suite : http://www.pagesorthodoxes.net/pages-choisies/arjakovsky-desouzenelle.htm
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